Emploi : le travail ne manque pas, ce sont les compétences et l’incitation qui font défaut
- Julien Bounicaud
- 18 janv.
- 3 min de lecture
Le débat sur l’emploi est souvent mal posé.
On parle de chômage, de créations de postes, de tension sur le marché du travail.Mais sur le terrain, dans les PME, le constat est beaucoup plus précis :
👉 le travail existe
👉 les postes sont là
👉 mais les salariés qualifiés manquent, notamment dans les métiers manuels
👉 et l’incitation financière à travailler est devenue trop faible

Des métiers manuels en tension permanente
Dans l’artisanat, le bâtiment, l’industrie, la maintenance, la restauration ou les services techniques, les besoins sont constants.
Les PME cherchent :
des menuisiers,
des électriciens,
des plombiers,
des techniciens,
des opérateurs qualifiés,
des profils manuels formés et fiables.
Ces métiers ne sont pas précaires par nature.Ils sont souvent durables, utiles, concrets.
Pourtant, selon les enquêtes de besoins en main-d’œuvre, plus de 60 % des recrutements sont jugés difficiles dans ces secteurs, et plusieurs centaines de milliers de postes restent durablement non pourvus chaque année.
Ces tensions ne s’expliquent pas par un manque de travail.Elles s’expliquent par deux facteurs principaux :
un manque de formation réellement adaptée aux besoins actuels,
une faible attractivité économique perçue.
Le coût du travail côté entreprise
Pour une PME, embaucher reste un acte lourd.
Le coût total d’un salarié est élevé, souvent très éloigné de son salaire net.En pratique, 1 € versé en net peut représenter entre 1,7 € et 2 € de coût total pour l’entreprise, selon le niveau de rémunération et le statut.
Cela crée une tension permanente :
prudence dans les embauches,
limitation des augmentations,
recours à l’intérim ou à la sous-traitance,
hésitation à créer des postes pourtant nécessaires.
Non pas par choix idéologique, mais par réalisme économique.
Le travail qui ne paie plus suffisamment côté salarié
Côté salarié, le message est brouillé.
À salaire brut équivalent, le niveau de salaire net reste faible en comparaison européenne. Pour un salaire brut mensuel de 3 000 €, un salarié français perçoit environ 2 370 € net, soit 300 à 400 € de moins par mois que dans plusieurs pays voisins.
À cela s’ajoutent :
les prélèvements obligatoires,
la fiscalité sur les heures supplémentaires,
les frais de transport,
les coûts liés à la reprise d’activité.
👉 Résultat : l’écart réel entre “ne pas travailler” et “travailler” peut devenir très limité, notamment pour les bas et moyens salaires.
Quand la différence financière devient marginale,le travail perd mécaniquement son caractère incitatif.
Ce n’est pas une question morale.C’est une question de signal économique.
Assistances et travail : un différentiel devenu flou
Il faut avoir le courage de poser le sujet sans caricature.
Un système de solidarité est indispensable.Mais lorsqu’il ne crée plus une différence nette et lisible entre :
un revenu d’assistance,
et un revenu issu du travail,
alors il produit un effet pervers.
Aujourd’hui, le cumul de certaines aides (allocations, logement, compléments divers) peut représenter plus de 1 500 € à 1 700 € par mois pour certains foyers sans activité, selon la situation.
Face à cela, un salaire net proche du SMIC, une fois les frais liés au travail intégrés, peut apparaître faiblement plus avantageux.
👉 le retour à l’emploi devient moins évident,
👉 certains métiers ne trouvent plus preneur,
👉 les PME se retrouvent en première ligne.
Former, inciter, valoriser
Le problème de l’emploi aujourd’hui n’est donc pas seulement quantitatif. Il est qualitatif et incitatif.
Il pose trois questions centrales :
formons-nous réellement aux métiers dont l’économie a besoin aujourd’hui ?
valorisons-nous financièrement le travail, notamment manuel ?
récompensons-nous suffisamment l’effort et le travail supplémentaire ?
Former davantage ne suffit pas.
Il faut adapter la formation aux besoins réels, aux métiers en tension, aux réalités des territoires et des entreprises.
Redonner une valeur claire au travail
Redonner de la valeur au travail, ce n’est pas opposer les uns aux autres.C’est redonner un cadre lisible où :
travailler rapporte clairement plus que ne pas travailler,
se former ouvre de vraies perspectives professionnelles,
l’effort est reconnu et récompensé financièrement.
C’est aussi une condition pour :
répondre aux besoins des PME,
sécuriser les parcours professionnels,
et sortir durablement des tensions actuelles sur l’emploi.
Les questions que le terrain pose
Pourquoi les métiers manuels restent-ils si peu attractifs financièrement ?
Pourquoi l’écart entre assistance et travail est-il devenu si faible ?
Pourquoi l’effort supplémentaire est-il encore si peu valorisé ?
Comment adapter réellement la formation aux besoins économiques actuels ?
Ces questions ne sont ni idéologiques, ni stigmatisantes.
Elles sont indispensables.



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